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Le nouvel activisme contre le changement climatique est émotionnel, et c'est une bonne chose

La particularité du nouvel activisme contre le changement climatique, écrit Louise Knops, est la combinaison improbable de deux éléments, la science et l'émotion. Ceux-ci remettent en cause des croyances profondément enracinées et introduisent une nouvelle vision du changement climatique et de sa résolution possible.

Ce article a été publié à l'origine à The Loop, le Consortium européen pour la recherche politique (ECPR)Blog de science politique de , et est republié ici sous une licence Creative Commons. L'ECPR est membre de l'ISC.

Il est partagé en conjonction avec la nouvelle série de l'ISC, Transformer21, qui fera le point sur l'état des connaissances et de l'action, cinq ans après l'Accord de Paris et dans une année charnière pour l'action en faveur du développement durable.

Début 2019, sous l'influence de la militante suédoise Greta Thunberg, la Mouvement Jeunesse pour le Climat a éclaté en Belgique, en tant que branche belge de « Fridays for Future ». Des dizaines de milliers de jeunes militants ont défilé dans les rues, chaque semaine, pour exprimer leur indignation face à la politique et leur peur pour l'avenir.

Cette mobilisation extraordinaire combinait deux traits marquants : un retour du scientisme moderne et une émotivité explicite. Ceci est remarquable dans un contexte où les émotions et la rationalité de la science sont souvent opposées, et où la rhétorique émotionnelle est chroniquement discréditée.

D'un côté, les jeunes militants pour le climat supplient les politiciens de « s'il vous plaît, écoutez la science !' Cela montre la profonde bataille épistémique dans laquelle la société est engagée, et les conséquences de la instabilité de la verité.

les jeunes militants montrent une issue au cadre technocratique qui a dominé la politique du changement climatique et nous empêche de « résoudre » la « crise climatique »

D'un autre côté, les militants demandent à tout le monde d'être émotif à ce sujet, et c'est une bonne chose. Comme mon récent article dans PRX le journal discute, ils montrent un moyen de sortir du cadre technocratique qui a dominé la politique du changement climatique et nous empêche de « résoudre » la crise climatique.

De la résolution au "sentiment" de la crise climatique

Les climatologues ont rassemblé des preuves incontestables de l'impact environnemental du comportement humain. Mais ils ne nous ont pas (toujours) donné les outils pour aller au cœur de la mutation climatique en cours. Il est us, les humains et les humains occidentaux en particulier : la façon dont nous nous rapportons les uns aux autres, la façon dont nous envisageons notre position parmi les autres espèces, la façon dont nous nous déplaçons, mangeons et construisons notre sentiment d'identité. Et ce tissu humain ne peut pas être appréhendé simplement à travers des statistiques, des chiffres et des graphiques. Il s'agit aussi, fondamentalement, de émotions et affectivité.

L'oubli de la dimension affective du changement climatique n'est pas seulement problématique à un niveau abstrait et théorique. Cela nuit aussi directement à notre capacité à développer de nouvelles façons de nous rapporter au monde. Pour certains chercheurs, le destin de l'homme lui-même, comme soutenu par Glenn Albrecht, repose sur notre capacité à naviguer dans les « émotions de la Terre » (éco-deuil, Terrafurie, solastalgie) et développer de nouvelles sensibilités affectives.

les jeunes militants du climat ont compris, à un niveau intime, que la crise climatique n'est pas simplement un autre problème à « résoudre »

Alors en nous exhortant avec des slogans de protestation « à être en colère et à paniquer » ; 'aimer et prendre soin', 'se réveiller, maintenant !', les jeunes militants sont, en fait, pleins de droit. Ils ont compris, à un niveau intime, que la crise climatique n'est pas simplement un autre problème à « résoudre », comme Bill Gates et d'autres revendiquent continuellement.

Au contraire, le changement climatique et notre entrée dans l'Anthropocène sont des événements qui remettent en question des significations et des croyances profondément enracinées. Ils ouvrent de nouveaux « futurs et configurations possibles du désir », et, comme nous dit Marie-Louise Pratt, invitent les Occidentaux à « se resituer dans la matière-espace-temps de la Terre ».

En tirant les leçons de la récente vague d'activisme climatique, nous ne devrions donc pas ressentir seulement une volonté de « résoudre » la crise. Nous devrions nous sentir attirés par la reconnexion avec le monde naturel. Plutôt que de l'observer de loin, nous devrions nous sentir en faire partie, pas au-dessus. Il faut, comme le résume élégamment Bruno Latour, descendre sur Terre et retourne au humus of les humains.

Peur de naviguer dans l'Anthropocène

Parmi toutes les émotions exprimées par les jeunes militants pour le climat, certains sont mieux adaptés que d'autres pour nous faire « ressentir » la crise climatique et « atterrir » sur Terre.

La peur, par exemple, est souvent conçue comme une émotion négative. Mais il capture la lutte matérielle exprimée par les jeunes militants : terrifié par leurs attachements à une Terre que la plupart de nos comportements rendent inhabitable. C'est la peur qui permet aux jeunes militants de naviguer dans le des temporalités conflictuelles du changement climatique; du rythme effréné de la vie moderne à notre géo-époque d'extinction de masse.

Ici, la peur apporte une dimension intime à leurs récits d'effondrement : dans les projections de leurs propres vies et morts futures, et celle de leurs futurs enfants (certains militants ont complètement renoncé à la parentalité). Tous situés explicitement contre les limites de la Terre :

 nous voulons avoir des enfants, mais pas sur Mars !

La peur de l'avenir des militants, combinée à la colère, articule le nouveau clivage générationnel entre : « nous, les jeunes » et « vous, qui saviez mais n'avez rien fait, et continuez à voler notre avenir ! »

Rompre avec l'espoir

Contrairement à la peur, l'espoir est généralement perçu comme une émotion positive. Mais cela obscurcit sa nature de « plaisir inconstant », et une émotion qui, une fois déçue, peut se transformer en haine, comme Erika Tucker explique.

Dans l'ensemble, l'espoir est perçu positivement car il nous élève et nous fait avancer. Mais l'espoir peut aussi nous enfermer dans l'apesanteur des fausses illusions. Par conséquent, l'indignation pleine d'espoir des jeunes militants pour le climat, en particulier leur espoir restant dans les institutions politiques existantes, peut ne pas être propice à « l'atterrissage sur Terre » qu'ils préconisent par ailleurs.

Il s'agit d'une contradiction dont les militants semblent conscients, comme en témoignent leurs soutien récent aux institutions démocratiques alternatives à travers, par exemple, l'organisation d'assemblées citoyennes, défendue par le mouvement des voisins ainsi que.

Nous sommes le climat

L'amour que les militants du climat expriment pour la Terre est bien plus puissant que l'espoir. L'amour, dit le philosophe Baruch Spinoza, est « une union par laquelle l'amant et ce qui est aimé deviennent une seule et même chose, ou forment ensemble un tout », qu'il s'agisse d'une humain ou non humain. C'est cet amour qui articule l'identification des militants à la Terre, présentée comme victime d'abus économiques et humains (voir par exemple leur slogan #Elle aussi).

De plus, l'amour repositionne les jeunes militants parmi d'autres espèces terrestres. Ils sont conscients des relations de domination qui les lient, et ressentent la culpabilité qui accompagne le mal infligé à un être cher. C'est l'amour qui permet aux militants de franchir les frontières humain-non-humain et de créer un sujet qui dépasse leurs individualités. Dans leurs propres mots, 'We la nature se défend-elle', et 'We sont le climat'.


Louise Boutons
Doctorant, Vrije Universiteit Brussel

Louise est chercheuse associée et membre du conseil d'administration du groupe de réflexion d'écologie politique Étopie. Ses intérêts de recherche vont de la théorie de l'affect, aux études sur les mouvements sociaux, à la politique du changement climatique et à la représentation politique.

Suivez Louise sur Twitter @louise_knops

En savoir plus sur ce sujet dans L'article de Louise pour la revue PRX


Cet article présente les points de vue du ou des auteurs et pas nécessairement ceux de l'ECPR ou des éditeurs de The Loop, ni du Conseil international des sciences.

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